Maine-et-Loire : quand la santé devient un jeu d’ados
Dans un système de santé à l’équilibre fragile, politiques et acteurs du soin s’intéressent de plus en plus à l’action éducative, comme un investissement sur l’avenir. Avec une simple idée en tête : mieux vaut prévenir que guérir. C’est le cas dans le Maine-et-Loire, où l’ARS et la CPAM se sont tournées vers les Francas pour développer une animation à destination des ados. Depuis 2024, plus d’un millier de jeunes ont participé à une quarantaine de sessions scénarisées qui mêlent quiz, jeu de rôle et discussions. Objectifs : favoriser l’accès aux soins et responsabiliser les jeunes.

A quoi sert la carte vitale ? Comment fonctionne l’assurance maladie ? Peut-on consulter gratuitement un dentiste ou un psychologue ? Si on leur pose ces questions, les jeunes auront probablement plus de mal que leurs aînés à y répondre. Et pour cause : ils sont statistiquement la population en meilleure santé, ils ont donc moins d’expérience en la matière. Mais cet état de fait cache aussi des réalités plus complexes. Les jeunes, s’ils sont moins touchés, ne sont pas pour autant épargnés par les problèmes de santé. Et certains comportements, mêlant souvent insouciance et méconnaissance, peuvent avoir des répercussions à plus long terme. Dans un système solidaire fragile, les acteurs du soin s’intéressent ainsi de plus en plus à l’éducation à la santé, renforcés par des constats alarmants sur les inégalités.
Rendre la prévention ludique et pédagogique
Dans le Maine-et-Loire, en 2024, l’Agence régionale de santé (ARS) et la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) ont travaillé avec les services de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et des Sports pour proposer une action de sensibilisation originale à déployer vers les adolescents. « Nous voulions que les jeunes puissent connaître leurs droits, comprendre le fonctionnement de notre système de santé et savoir le protéger », explique Marina Thomas, chargée de développement territorial à l’ARS. Mais comment toucher cette tranche d’âge indépendante et parfois peu réceptive aux discours de prévention classiques ? La question a été posée à l’association des Francas du Maine-et-Loire qui a déjà une forte expérience en matière d’animation jeunesse. « Ils s’y connaissent mieux que nous », concède Marina Thomas. Après une série de rencontres, la méthode était trouvée : cibler dans un premier temps le vivier d’ados qui participent au Service national universel (SNU), en proposant une animation ludique et adaptée à leur âge. Puis déployer l’action dans d’autres lieux identifiés : lycées généraux, lycées professionnels, Maisons familiales et rurales, Centres de formation des apprentis…

L’association mobilise des techniques de jeu, de mise en scène et d’animation participative qui fonctionnent avec le public ados. Image © Les Francas du Maine-et-Loire
A ce jour, plus d’un millier de jeunes ont pu vivre l’expérience, lors de plus 40 sessions organisées dans différents lieux du département. A 16 ans, Lorenzo, Inès et Rémy sont de ceux-là. Ils ont participé tous les trois à un séjour du SNU hébergé par le lycée Joseph Wresinski, à Angers, au mois de juillet 2025. Parmi les activités culturelles, visites et autres chantiers participatifs, une animation sur la santé fait sens pour ces jeunes volontaires : « C’est ludique, on rigole et on apprend plus facilement qu’à l’école », analyse Inès. Un avis partagé par Lorenzo : « J’ai beaucoup apprécié. Le quiz m’a appris pas mal de choses, des “tips” sur les MST, sur les remboursements, la gratuité… Je ne savais pas qu’on pouvait avoir des préservatifs gratuits. » Une manière aussi pour eux de comprendre comment fonctionne le système de santé français : « Le jeu avec les cartes vitales nous a fait prendre conscience de comment marche la sécurité sociale. Et on s’est rendu compte qu’il y a des personnes qui font un métier pas facile derrière », remarque Rémy. Les pouvoirs publics ne s’en cachent pas : un des objectifs de ces actions est de responsabiliser les jeunes en tant qu’usagers du système de santé, à l’âge où ils reçoivent leur première carte vitale. Par exemple, « on essaie de leur faire prendre conscience du coût d’un passage aux urgences pour la société », explique la chargée de développement de l’ARS qui souhaite aussi « sensibiliser les ados car ils peuvent ensuite transmettre les bons usages à leurs parents. »
Une animation qui promeut l’écoute et la coopération
La séance dure entre 1h30 et 2h. Elle se déroule en 3 temps. D’abord, les jeunes se répartissent en plusieurs groupes et se voient remettre des cartes comportant des affirmations sur des sujets de santé qui les concernent tout particulièrement. Addictions, sexualité, alimentation… Les cartes sont complétées de vidéos d’influenceurs. Les jeunes sont invités à en discuter, à exprimer leurs avis et partager leurs connaissances avec le reste du groupe. Dans un deuxième temps, ils participent à un “enter game”, forme de jeu qui utilise la mécanique des “escape-games” mais qui permet la pleine participation de chacune et chacun, en évitant certains écueils de la compétition et en gommant les effets de leadership qui peuvent nuire à la coopération. Les jeunes participants se mettent alors dans le rôle des différents acteurs du système de santé : patients, soignants, agents administratifs… Munis de fausses cartes vitales, ils expérimentent les différentes étapes du parcours de soin. Enfin, un quiz avec des QR codes permet de tester leurs connaissances à partir de cas pratiques, par exemple : « Dans une soirée, j’ai un ami très alcoolisé. Qu’est-ce que je fais ? »
« On constate qu’ils ne connaissent que très peu les dispositifs existants »
« Parfois, certaines parties durent plus longtemps que prévu car ils ont beaucoup de choses à dire », confie Chloé, l’animatrice des Francas qui mène le module avec le soutien des tuteurs et tutrices du SNU. « Certains jeunes pensent que la carte vitale est une carte bleue ou bien qu’un stérilet est un hameçon… » Si cette professionnelle de l’animation leur apporte toujours des éclaircissements avec bienveillance et empathie, c’est aussi parce qu’elle a conscience de leur besoin criant d’information. « On constate qu’ils ne connaissent que très peu les dispositifs existants comme “M’T dents tous les ans !”, “Mon soutien psy” ou des structures comme le Planning familial. » Alors, à chaque fin de séance, Chloé remet aux ados un mémo en forme de carte vitale, où ils peuvent retrouver les contacts utiles et les bons plans santé. « Souvent, des jeunes viennent nous voir à la fin pour poser des questions personnelles. C’est particulièrement vrai pour ceux des lycées professionnels qui sont déjà entrés dans la vie active sans en connaître tous les rouages. On est là pour leur répondre. On se sent utiles. »