Patricia Cartigny : « Reposons les bases éducatives de la non-violence au centre de loisirs »
Des jeux coopératifs pour éduquer les enfants à l’entraide et à la non-violence ? Patricia Cartigny, du Mouvement pour une alternative non-violente (Man), propose de sortir du modèle « gagnant-perdant ».

Le conflit est quotidien. Il naît chaque fois qu’il y a confrontation de besoins, d’intérêts et de valeurs. Et la coopération doit se frayer un chemin au milieu des heurts, des crises et des limites de chacun. La plupart des jeux habituels ont recours au modèle « gagnant-perdant » et favorisent le « chacun-pour-soi ». Si la compétition-émulation est constructive et facteur d’éducation à la vie sociale, la compétition-exclusion conduit à des comportements destructeurs tant chez le gagnant que chez les perdants. Quand elle se résume à la loi du plus fort, la compétition est source de violence. Le principe des jeux coopératifs repose sur la poursuite d’un objectif de groupe qui ne pourra être réalisé que par l’entraide et la solidarité entre les joueurs. Il ne s’agit pas de gagner sur l’adversaire mais de faire équipe et cause commune pour gagner ensemble… ou de perdre ensemble si l’équipe s’est mal organisée. La coopération crée dans le groupe une sécurité de base, une atmosphère de confiance où chacun peut apprendre à s’exprimer, à défendre son point de vue avec assurance. Coopérer c’est « construire ensemble », mais l’action collective n’est pas la simple addition des actions individuelles ! Par le dialogue et la négociation, il est possible de trouver ensemble la meilleure façon de jouer.
Jouer “avec” et pas “contre” les autres
Les jeux coopératifs allient plaisir de jouer et valeur éducative pour mettre hors-jeu la violence. Le jeu propose un objectif qui ne pourra être atteint que par l’entraide et la solidarité entre les joueurs. C’est l’occasion de jouer réellement en groupe, de prendre des décisions en commun et de donner à chacun sa pleine mesure. Le défi à relever ensemble nécessite la mobilisation de chacun et la concertation de tous. Dans un jeu coopératif, les joueurs trouvent un bénéfice réciproque à aider et à se faire aider. L’éducation à la coopération n’est pas seulement liée à la réussite du jeu, mais aussi à l’environnement dans lequel le jeu se déroule. Les jeux coopératifs stimulent les aptitudes à négocier et réveillent en chacun la créativité. Les jeux coopératifs vont permettre à l’enfant de comprendre la notion d’interdépendance et de relation les uns aux autres, et de mesurer en quoi l’action collective n’est pas la somme des actions individuelles. Par le dialogue et la négociation on peut trouver ensemble la meilleure façon d’agir, chacun à sa place et à son niveau. Le jeu devient un moment de détente et de créativité qui favorise le développement de qualités nouvelles et notamment la solidarité. Cette dimension aura d’autant plus de chances d’être assimilée si le joueur a l’occasion de la voir mise en œuvre ou de la vivre lui-même en d’autres lieux : famille, école, travail, quartier… En favorisant l’autonomie et la solidarité, la confiance en soi et en l’autre, les jeux coopératifs peuvent modifier les relations interpersonnelles et, à terme, les relations sociales. Ce sont des éléments d’une éducation à la paix.