Monopoly des inégalités : le jeu éducatif où les règles sont injustes, « comme dans la vraie vie »
Les femmes gagnent moins que les hommes en passant par la case départ. Certains commencent la partie avec un patrimoine. Les plus défavorisés ne jouent qu’un seul dé.

Après trois ans de travail pour son élaboration, l’Observatoire des inégalités publie, début 2022, le Monopoly des inégalités, une extension de l’incontournable jeu de société qui met les joueurs en situation d’être victimes des inégalités. C’est « comme dans la vraie vie », entend-on sur la vidéo de promotion du jeu. Ce jeu un brin cynique, pour les 11 ans et plus, voit le jour après une phase de tests et de formations avec plusieurs acteurs associatifs. Il est accessible depuis le 10 janvier dans le cadre d’une boite à outils « Jeunesse pour l’égalité » qui comprend cinq autres ressources pour les professionnels (des ouvrages, un jeu-concours, des vidéos, un web-documentaire et des affiches de jeunes).
Un jeu de sensibilisation pour animer des débats
Le jeu amène les joueurs à réagir face aux inégalités et discriminations en participant à une partie de Monopoly dont les règles ont été modifiées pour refléter les inégalités sociales. Chaque joueur entre ainsi dans la peau d’un personnage qui lui est attribué au début du jeu et découvre comment les règles s’appliquent différemment en fonction de son sexe, son âge, sa couleur de peau, sa catégorie sociale.
Susciter l’empathie pour questionner sa vision du monde
« Il n’y a pas besoin d’aller jusqu’au bout. On peut jouer vingt ou trente minutes et animer la discussion tout au long de la partie. Il faut voir ce jeu comme un support au débat, à la prise de conscience, mais pas le cœur de la séance », conseille Claire Nédélec, animatrice qui a suivi une formation dédiée pour animer ce jeu. « On n’est pas non plus obligé d’utiliser toutes les cartes, on peut sélectionner celles qui conviendront à la discussion avec nos publics. Il ne faut pas partir pour gagner, d’autant que tout le monde connaît le Monopoly. Là, on se sent impuissant face à l’injustice. L’avantage, c’est que ça fait vraiment réagir. On se met à la place de l’autre et on ressent quelque chose, quasiment inatteignable sans le jeu. »
« Chaque enfant joue un personnage qui ne lui ressemble pas pour ne pas le stigmatiser et on essaye de faire en sorte qu’ils comprennent que les inégalités ne sont pas une fatalité », renchérit Constance Monnier, de l’Observatoire des inégalités. « Même si les plus jeunes n’ont pas le droit de vote, ils ont le droit d’être informés, ils ont le droit de s’exprimer. Ce sont eux qui participeront à la vie de la société dans les prochaines années. Il ne faut pas attendre de faire une fac de sociologie pour aborder ces sujets-là. »