Isabelle Chandler : « Les initiatives d’éducation à l’Europe et à l’interculturel devraient se multiplier en France, comme c’est actuellement le projet en Allemagne »
Directrice des programmes Europe et Interculturel à la fédération nationale des Francas, Isabelle Chandler estime qu’il est nécessaire de « former une génération capable de contribuer à un monde plus juste et plus stable ».

Pourquoi est-il important d’éduquer à l’Europe et au dialogue interculturel aujourd’hui ?
L’éducation à l’Europe et au dialogue interculturel est essentielle car elle prépare les jeunes à vivre dans un monde interconnecté et complexe à décrypter. S’éduquer à l’Europe ne signifie valider les politiques édictées par l’Union européenne et ne se limite pas à un apprentissage du fonctionnement des institutions européennes. Les activités éducatives locales proposées par les Francas dans ce cadre s’étendent à des thèmes tels que le dialogue interculturel, l’apprentissage des langues, l’éducation à la paix et à la vie démocratique, l’acculturation aux médias, l’expérience de la mobilité et la sensibilisation aux droits des enfants. Ces enjeux sont au cœur des défis que les enfants auront à appréhender en grandissant dans le monde d’aujourd’hui.
Est-ce d’autant plus vrai dans un contexte de tensions internationales ?
Le contexte géopolitique actuel avec des conflits de proximité en Europe et au Moyen-Orient, les crises multiples qui secouent le monde, rappelle à quel point la paix ne doit jamais être considérée comme acquise. L’éducation à l’Europe et au dialogue interculturel permet aux jeunes de s’approprier les valeurs de solidarité, de coopération, d’esprit critique et de respect des droits humains. Ces notions ne sont pas abstraites : elles prennent tout leur sens face aux enjeux contemporains. En sensibilisant les jeunes à l’histoire européenne, à la mémoire et aux efforts pour préserver la paix, on leur donne les outils pour comprendre l’importance du dialogue et de la coopération européenne et internationale. C’est aussi un moyen de former une génération capable de contribuer à un monde plus juste et plus stable.
Comment mettre en œuvre l’éducation à l’Europe et au dialogue interculturel dans les projets des structures ?
L’éducation à l’Europe et au dialogue interculturel peut être intégrée de manière transversale dans les projets associatifs et déclinée à partir d’un parcours éducatif, pédagogique, sans être nécessairement centrée sur le thème de l’Europe. Les activités se doivent d’être ludiques, permettant d’aborder des sujets de manière accessible. Un grand classique est de jouer à repérer les différences culturelles entre un pays et un autre, ce qui entraîne des discussions très intéressantes avec les enfants, les adolescents et même les parents. Lorsque c’est possible, les projets interculturels d’échanges entre jeunes de différents horizons sont aussi un excellent moyen de découvrir les cultures européennes. Mais éduquer à l’Europe, c’est aussi permettre aux enfants et adolescents de s’approprier leur environnement local avec un angle européen pour se situer et agir, du local au global. L’objectif est de rendre ces thématiques tangibles et de les adapter aux contextes des participants, en partant de leurs questionnements, leurs besoins, leurs intérêts.

Quel rôle joue la mobilité dans l’éducation à l’Europe ?
La mobilité est un pilier de l’éducation à l’Europe et au dialogue interculturel. Elle offre aux jeunes la possibilité de vivre des expériences enrichissantes en découvrant d’autres cultures et systèmes éducatifs. Les programmes et financements portés par Erasmus+, CERV, Europe Creative, ainsi que l’Office franco-allemand pour la jeunesse (Ofaj), facilitent ces échanges en encourageant la coopération entre structures socio-éducatives de différents pays. Mais la mobilité ne se limite pas aux voyages physiques : elle inclut aussi des échanges à distance, via le numérique notamment. Ces expériences permettent de développer des compétences comme l’ouverture d’esprit, l’écoute ou la capacité à travailler dans un contexte multiculturel. Même sans voyager, il est possible de sensibiliser les jeunes aux dynamiques interculturelles en Europe en utilisant des outils éducatifs et des pédagogies adaptés.
Quels sont les principaux défis pour développer ces initiatives ?
Les initiatives d’éducation à l’Europe et au dialogue interculturel devraient se multiplier et se pérenniser pour une majorité de jeunes en France, comme cela est actuellement le projet en Allemagne. L’un des principaux enjeux réside dans le financement des actions et la formation des équipes éducatives. Il est crucial d’accompagner un plus grand nombre d’éducatrices et éducateurs pour que ces initiatives se multiplient et se pérennisent, y compris en intégrant davantage d’éducation à l’Europe et au dialogue interculturel dans leur formation. Par ailleurs, il faut sensibiliser un plus grand nombre de jeunes aux opportunités offertes au sein de l’Europe, ainsi que les aider à surmonter les barrières linguistiques, culturelles et administratives pour ce faire. Enfin, il est essentiel de maintenir une approche inclusive et participative, en veillant à ce que tous les jeunes, quel que soit leur milieu, lieu de vie, situation de santé ou de handicap, aient accès à ces projets. Les Francas jouent un rôle majeur dans cette perspective. Chaque année, parmi les enfants et adolescents vivant des mobilités européennes dans notre réseau de structures affiliées, 40 % sont issus notamment des quartiers prioritaires de la ville, de milieu rural ou de familles défavorisées.
Quelles sont les grandes orientations de l’Union européenne en matière d’éducation ?
L’Europe tente de mettre en place des cadres qui soutiennent les politiques éducatives nationales. Par exemple, le socle commun des droits sociaux adopté en 2017, vise à garantir une éducation inclusive et de qualité. De même, la garantie européenne pour l’enfance s’efforce de réduire la pauvreté infantile et de renforcer l’accès à l’éducation. Ces orientations proposent de développer une vision commune et encouragent, dans une certaine mesure, les États membres à collaborer pour améliorer les systèmes éducatifs.