« Vous êtes en mission secrète… » L’escape game éducatif sur l’histoire du sport féminin
Une association d’éducation populaire des Alpes-Maritimes a développé un jeu d’évasion dédié aux ados. Le principe : faire réfléchir les jeunes de manière ludique et immersive sur les stéréotypes de genre et les inégalités dans le sport. Une animation gratuite pour les centres de loisirs qui a vu le jour grâce aux financements de l’opération nationale L’Été culturel.

« Bienvenue dans une mission secrète. Dans un monde dystopique où les libertés individuelles sont restreintes, un dirigeant autoritaire vous a placée en prison. Votre tort ? Être une femme et avoir publiquement pratiqué une activité sportive. Grâce aux indices laissés çà et là par une ancienne prisonnière, vous allez devoir vous échapper au plus vite. » Le décor est planté. La trame est bien celle d’un escape game (en français, jeu d’évasion), un concept d’activité de loisirs hérité de l’univers du jeu vidéo et qui connaît un certain succès commercial en France depuis une vingtaine d’années. Si la plupart des quelque 2500 escape rooms aujourd’hui ouvertes dans l’hexagone sont plutôt orientées vers le divertissement, le format séduit aussi les acteurs de l’éducation.
« On s’amuse et on apprend en même temps »
À la Maison des jeunes de Castagniers, gérée par le syndicat intercommunal Val de Banquière, dans l’arrière-pays niçois (Alpes-Maritimes), les ados viennent tout juste de terminer le jeu : « C’était très bien. Il y avait des indices à chercher, des cartes, des codes, des photos, des énigmes », énumère Élio, 15 ans. Mardi 29 juillet 2025, le centre de loisirs fait le plein. « Les jeunes viennent avant tout pour passer des bons moments entre eux et pratiquer des activités qui changent de leur quotidien », explique Margaux Piccolo, la directrice. « Mais notre rôle ne s’arrête pas au divertissement ou à des activités de consommation sans grand intérêt. Nous voulons aussi leur proposer des activités éducatives qui les poussent à réfléchir à des sujets de société. » Alors, quand elle a reçu un mail de l’association Les Francas lui proposant un escape game sur le thème des femmes dans le sport, la directrice n’a pas hésité : « Les jeunes avaient déjà participé à une de leurs animations, à Nice, l’été dernier, dans le cadre des jeux olympiques. Alors, poursuivre la dynamique avec un escape game, on était sûr que ça leur plairait car ils adorent. »
« Aujourd’hui en France, le droit des femmes à la pratique sportive semble acquis mais ça n’a pas toujours été le cas », rappelle Valérian Grieco. Image © Les Francas des Alpes-Maritimes
« Ce qui est super, c’est qu’on s’amuse et on apprend en même temps », confirme Valentina, 13 ans. « En essayant de résoudre les énigmes, on se pose des questions, on lit des documents. On apprend plus facilement qu’avec de longs discours. » Dans ce jeu éducatif conçu spécialement pour les ados, ce qui fait la différence, c’est le soin apporté à la mise en scène : ambiance, décor, accessoires… Sans compter la prestation de Manon Birlé, l’animatrice et créatrice du jeu. « Il faut établir quelque chose de très ludique où ils commencent par jouer avant de les emmener vers des réflexions plus sérieuses, plus concrètes », conseille la jeune femme de 21 ans, étudiante en bachelor universitaire Carrières sociales, option Animation sociale et socioculturelle, qui a travaillé toute l’année sur ce projet de jeu éducatif avec Les Francas.
Mêler fiction et réalité pour susciter l’intérêt
Pour guider les joueurs vers la sortie, Manon met à leur disposition un faisceau d’indices mêlant fiction et vrais documents historiques liés à l’histoire du sport féminin. Les jeunes y découvrent par exemple l’histoire d’Alice Milliat, militante et première organisatrice des Jeux olympiques féminins en 1922, ou encore celle d’Enriqueta Basilio, cette mexicaine qui a été la première femme à porter la flamme olympique en 1968. Certains apprennent que le célèbre Pierre de Coubertin voulait tenir les femmes en dehors de la pratique sportive ; d’autres s’étonnent qu’il ait fallu attendre 2024 pour voir une parité (quasi) parfaite aux Jeux olympiques. « Il reste tout de même pas mal de stéréotypes », estime l’animatrice. « J’entends souvent des idées comme “les femmes ont moins de force que les hommes” ou encore “c’est normal qu’elles soient moins payées car il y a moins de téléspectateurs”. Mais ils sont tous assez ouverts à l’idée que les choses doivent changer. »
Le jeu en tournée tout l’été
La séance dure entre trois quarts d’heures et 1h30. Douze jeunes peuvent y participer. « Mais si on a l’espace suffisant, on peut le dédoubler pour un total de 24 personnes qui jouent simultanément », précise Valérian Grieco, le directeur de l’association, qui a pu développer cette action grâce à des financements du ministère de la Culture. « L’animation est gratuite. Les structures nous contactent, nous proposent des dates et on se déplace dans tout le département ». Une aubaine pour Margaux, la directrice du centre : « On n’a rien à gérer, se réjouit-elle, donc quand on reçoit ce genre de proposition, on y va tout de suite ! » Après sa tournée d’été, le jeu intégrera une malle pédagogique dédiée aux escape games, disponible sur demande auprès des Francas des Alpes-Maritimes.