« C’était bizarre » : les premiers jours en France de ces jeunes en service civique
Clara est Allemande, Daniel est Péruvien. Ces deux jeunes voulaient « vivre une expérience » à l’étranger. Ils ont trouvé, avec l’association Bas d’Immeuble, une structure pour les accueillir en mission de service civique. Pour ces volontaires, comme pour l’association toulousaine, l’expérience est enrichissante. Depuis octobre 2021, ils ont intégré l’équipe d’animation et participent à l’accompagnement à la scolarité et aux activités du centre de loisirs.

« Après mon bac, je voulais améliorer mon français et avoir une expérience à l’étranger », explique Clara, 19 ans, originaire de Heidelberg, dans le sud-ouest de l’Allemagne, à une centaine de kilomètres de Stuttgart. Daniel, lui, a 24 ans. Il était déjà en France lorsqu’il a candidaté à Bas d’Immeuble : « Je viens de Lima mais je suis en licence de Lettres modernes à l’université du Mirail, à Toulouse. Cette année, j’avais peu de cours, donc du temps libre. J’ai cherché des missions de service civique. Comme je voudrais devenir enseignant, ça me permettait de me familiariser avec le monde de l’éducation. »
Pour ses premiers jours à Toulouse, Clara confie que « c’était bizarre : la langue, les personnes, la culture de l’alimentation différente… » Il a fallu s’acclimater. « Ici, on entend tout le temps “pardon” si on touche quelqu’un », sourit-elle. Daniel, pour sa part, est venu « sans se faire d’idée » mais avec un but en tête, « voir comment on fait ailleurs ». Petit à petit, il a rencontré des gens : « Au début, la langue a posé certaines barrières. » Pour lui aussi, il a fallu s’adapter aux pratiques culturelles locales : « Les restaurants, par exemple, sont ouverts entre 12h et 14h, c’est assez contraignant. Au Pérou, ils ouvrent jusqu’à 16h. »
Pour Pascale, la directrice de l’association, accueillir ces jeunes volontaires étrangers est « un plus énorme », un moyen d’enrichir le projet éducatif de la structure, située au cœur d’un quartier populaire de la périphérie de Toulouse. « Ouvrir cet espace à des jeunes de l’extérieur permet d’ouvrir sur le non communautarisme, travailler la mobilité intellectuelle, déconstruire nos représentations, avant d’envisager, avec les enfants et les jeunes, des projets de mobilité physique, pour qu’ils deviennent des citoyens du monde. »
Découvrir d’autres cultures
Clara et Daniel ne sont pas les premiers à poser leurs valises à Bas d’Immeuble. « Ça fait cinq ou six ans qu’on accueille des volontaires étrangers », précise Pascale. « Lorsqu’ils arrivent, ils sont souvent confrontés à la difficulté de la langue. Passer du français scolaire au français pratiqué n’est pas facile. Alors, on les accompagne dans les démarches administratives, on les aide à trouver un logement et, très vite, ça décolle ! » Au sein de l’association, « l’ensemble de l’équipe fait attention à être compréhensive pour les aider à trouver leur place. Les jeunes du quartier se rendent compte de la différence de langue et font attention. Ils échangent sur leurs différences, leurs points communs. »
L’accueil de ces volontaires est aussi l’occasion d’intégrer l’éducation interculturelle dans les projets pédagogiques. « On propose des activités d’ouverture sur nos cultures », explique Daniel qui a adapté un jeu de société pour « inclure des images, des symboles en lien avec le Pérou, avec les noms en français et en espagnol. » Clara, quant à elle, a organisé un atelier de cuisine, avec la confection d’un pain noir allemand. Un moyen, aussi, « d’apprendre quelques mots ».
Un réseau régional de jeunes
« Pour nous, c’est important d’accueillir des jeunes en service civique pour leur permettre de vivre un engagement dans l’action éducative », pointe Vincent, le directeur des Francas de Haute-Garonne, qui pilote le dispositif pour les structures adhérentes. « Nous jouons notre rôle de tête de réseau en permettant à nos adhérents collectifs de booster leur projet par un accompagnement technique. Accueillir un jeune demande des démarches. Il faut déclarer les missions, assurer le suivi, rédiger des conventions. Il y a aussi des formations obligatoires pour les volontaires. Nous les organisons à l’échelle départementale ou régionale pour permettre aux jeunes de différentes structures de vivre des temps communs d’échange et de rencontre. »
« Certains se découvrent une vocation pour les métiers de l’animation et poursuivent leur engagement dans le réseau des Francas », se réjouit Vincent. Clara, la jeune allemande qui reprendra ses études l’année prochaine, est peut-être de ceux-là : « Suite à mon engagement ici, j’aimerais étudier le travail social », confie-t-elle. Pour Daniel, le futur enseignant, la question ne se pose même pas : « Pour moi, l’éducation est un engagement à long terme. »