Bien Dobui, linguiste : « Il faut s’appuyer sur le plurilinguisme présent dans nos écoles »
Jouer avec les mots, leurs histoires, leurs origines, en s’appuyant sur les langues parlées par les élèves et leurs familles : c’est l’expérimentation encouragée par Bien Dobui, maîtresse de conférences en sciences du langage à l’Université de Picardie Jules-Verne et membre du comité scientifique de l’association Dulala (D’une langue à l’autre).

Les enfants de France ont une richesse à partager : un sur quatre serait plurilingue. Les expériences de l’association Dulala, dans les écoles et dans les centres de loisirs, explorent le potentiel de ces compétences sur lesquelles pourrait s’appuyer une éducation humaniste en langues et cultures. Par l’approche plurilingue, les langues des élèves deviennent source de construction inclusive et plurielle.
Pour expérimenter l’approche plurilingue, des futurs enseignants sont allés dans une école maternelle de l’Oise pour tester un album pédagogique : Un Petit poisson, un petit oiseau1, l’histoire de deux animaux si différents autant par leurs capacités que par leurs langues, mais qui se lient par le partage et l’amitié. Des comptines en soninké, en lingala et en français entrecoupent des textes en anglais et espagnol. Lors de la lecture, les enfants sont invités à interagir avec le texte et à émettre des hypothèses : « Qu’est-ce que c’est comme mot ? Est-ce un mot que nous connaissons en français ? Ressemble-t-il à un autre mot que tu as déjà entendu ? »
Des activités et un livret pédagogique
Ces discussions ont mené la classe à aborder la notion de « langue », l’existence de plusieurs langues et leurs possibles ressemblances et différences. Les élèves apportent leurs propres connaissances ainsi valorisées ; ils reçoivent et interagissent avec les connaissances de leurs camarades dans un contexte valorisant. La séance se poursuit en expérimentant les activités du livret pédagogique qui accompagne cet album. Les activités sont simples à mettre en place, applicables pour plusieurs cycles, et proposent un soutien sur les notions à aborder pour l’adulte encadrant. Par exemple, dans le « puzzle plurilingue », des poissons en papier, sur lesquels est marqué le mot « poisson » en coréen, en arabe, en tamoul, ont perdu leurs queues ! Les enfants doivent retrouver la tête et la queue en s’appuyant sur l’écriture coupée en deux.
« Holà » et « hello »
Lors de cette journée d’entraînement plurilingue, plusieurs élèves nous informent fièrement parler arabe, anglais, créole, italien et lingala. Les élèves rient, répètent des sons nouveaux, s’étonnent d’entendre leurs camarades, leur maîtresse et les Atsem parler d’autres langues. Des discussions débutent autour de nous sur le papa qui parle lingala, sur comment compter jusqu’à cinq en espagnol, sur la ressemblance entre « holà » et « hello ». En partant, nous nous disons au revoir en anglais, puis en italien, puis en vietnamien.
Ces activités plurilingues s’inscrivent dans l’éducation populaire, ouverte à tous. Ainsi, les applications peuvent se faire aussi bien en classe qu’en temps périscolaire ou extrascolaire. Les supports sont accessibles et s’adaptent à tous les profils d’enfants et d’adultes. Il suffit de s’appuyer sur la richesse qui est déjà là : le plurilinguisme dans nos écoles.
1 Ce kamishibaï est lauréat du Concours Kamishibaï 2016-2017 organisé par Dulala et a été réalisé par les enfants de l’école maternelle du Centre (Le Perreux-sur-Marne). L’album, les documents d’accompagnement et d’autres ressources pédagogiques sont consultables ici