Anne Carayon, directrice générale de la Jeunesse au Plein Air : « Plus de 4 millions d’enfants ne partent pas en vacances »
Anne Carayon est directrice générale de la Jeunesse au plein air (JPA), confédération qui revendique le droit pour les enfants et les adolescents de pouvoir partir en séjours collectifs et bénéficier d’activités éducatives en dehors du temps scolaire, notamment en centre de loisirs.

Malgré des progrès ces dernières années, l’accès au départ en vacances et aux loisirs collectifs reste très inégalitaire. Comment l’expliquez-vous ?
Cette inégalité n’est pas connue et passe inaperçue. Pourtant, plus de quatre millions d’enfants ne sont pas partis en vacances en 2019. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas quitté leur domicile plus de quatre jours. Le non-accès au départ en vacances est marqué par de très fortes disparités selon les catégories de population, les revenus, la composition familiale (nombreuses, séparées ou mono-parentales), le genre ou les lieux de résidence (urbain, rural). Plusieurs facteurs interviennent, notamment culturels et financiers. Quitter son domicile s’apprend qu’il s’agisse de se rendre dans sa famille ou de découvrir un nouvel environnement. Mais au-delà de savoir voyager et de s’y sentir autorisé, l’aspect financier est important. Le manque de moyens est le premier argument qui ressort des enquêtes auprès des parents.
Plus de quatre millions d’enfants partaient en colonies de vacances dans les années soixante ; ils ne sont plus que huit cent cinquante mille à être partis en séjour collectif en 2019. Est-ce la fin des « colos » ?
Le départ en séjour et les loisirs collectifs contribuent à répondre aux enjeux de notre société, particulièrement celui de faire ensemble. Si nous avons tous en mémoire l’image noir et blanc du grand dortoir, de la bataille de polochon, la colo d’aujourd’hui a changé et est particulièrement d’actualité. Lorsqu’on a la chance d’y aller, on souhaite y retourner ! Le décrochage des colos s’explique notamment par la baisse des aides pour le départ en colonies de vacances, dans les années 2000. Plusieurs facteurs impactent également le départ en colo : le changement dans la formation des enseignants, les vacances partagées entre les parents lorsqu’ils sont séparés, la méconnaissance des colos…
Le droit aux loisirs et aux vacances est au cœur du projet de votre association. Comment agissez-vous pour le renforcer ?
La JPA milite pour la mise en place d’un « pass colo » pour la tranche d’âge des 10-11 ans¹, au moment du passage au collège. Le but est d’aider les familles pour que toute une génération puisse partir au moins une fois en séjour collectif. L’enjeu pour les acteurs du secteur sera de permettre aux enfants de repartir plusieurs fois. En permettant de multiplier les expériences en Accueil collectif de mineur (ACM), les apprentissages induits sont plus importants.
Les colos, centres aérés et autres accueil éducatifs de groupe ont-ils su évoluer pour correspondre aux attentes des enfants et des familles ?
Les ACM sont avant tout des lieux de jeux, de plaisir, d’éducation à la vie collective. Ils ont évolué avec notre société. Les activités proposées, artistiques, culturelles, scientifiques, techniques correspondent à notre époque. Au-delà des activités, des incontournables fondent la richesse de ces lieux, leur intérêt et leur pertinence, du point de vue des parents, comme de celui des enfants : être avec ses copains, faire ensemble, partir à l’aventure, chanter, faire de grands jeux, définir des règles de vie, rencontrer l’autre avec ses différences… Bref, vivre des moments uniques de découvertes et de prise d’autonomie.