Monsieur Kak, dessinateur : « Il existe un nouveau besoin d’éduquer à la paix aujourd’hui »

12 septembre 2022
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Dessinateur de presse au journal L’Opinion et président de l’association Cartooning for peace (Dessiner pour la paix), Monsieur Kak pose ses crayons et prend la plume pour raconter son histoire, son métier, ses engagements. Autoportrait.

Monsieur Kak
« Le dessin, parce qu’il touche l’émotion, provoque une réaction spontanée et favorise l’échange avec les jeunes », observe Monsieur Kak, président de Cartooning for peace. Image © Kak

Comme tous les dessinateurs de presse, j’ai un parcours atypique. Après des études de commerce, j’ai d’abord travaillé vingt ans dans le secteur du cinéma. Journaliste pour un magazine professionnel, puis salarié d’une association de promotion du cinéma français dans le monde et ensuite d’une association pour le développement des tournages en France. J’avais le dessin comme passe-temps et je publiais chaque semaine un dessin pour illustrer l’édito du journal Le film français. Une activité qui me procurait beaucoup de plaisir. Hasard de l’histoire, alors que je me posais des questions sur mon devenir, un nouveau quotidien papier consacré à la politique et à l’économie est créé. Il lance un concours pour trouver son dessinateur. Je gagne ce concours et deviens ainsi en 2014, dessinateur professionnel pour L’Opinion. Je participe chaque matin à la conférence de rédaction, au cours de laquelle un sujet en lien à l’actualité est défini pour le lendemain. Aujourd’hui, par exemple, je dois proposer un dessin portant sur « morale et écologie ».

L’attentat de Charlie Hebdo

Suite à la polémique mondiale relative à la publication de caricatures de Mahomet par un journal danois en 2005, des dessinateurs ont créé l’association Cartooning for Peace. Ce journal avait alors été violemment attaqué et les dessinateurs avaient reçu des menaces de mort, au motif que l’on ne pouvait pas caricaturer l’Islam. Kofi Annan, Prix Nobel de la Paix et secrétaire général des Nations Unies, avait alors organisé à New-York avec le dessinateur Plantu un colloque « Désapprendre l’intolérance, dessiner pour la paix ». De là est née l’association Cartooning for Peace. Après les attentats de 2015, l’association a organisé une journée débat sur « le dessin de presse dans tous ses états » à laquelle j’ai assisté. La démarche collective et l’idée de faire grandir une cause commune m’intéressaient. Je suis devenu membre de Cartooning for Peace, puis j’ai été élu au conseil d’administration en 2017, et lorsqu’en 2019, Plantu a quitté la présidence, il m’a proposé de prendre sa succession.

L’association intervient en collège et lycée et utilise le dessin de presse comme support pédagogique pour parler des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Nous affichons une exposition de dessins de presse dans un établissement. Puis un dessinateur ou une dessinatrice de l’association formé à la conduite d’ateliers pédagogiques intervient. Le but est de créer les conditions d’un dialogue apaisé entre élèves, de leur permettre de s’affronter lorsqu’ils ont des opinions divergentes, dans le respect et le débat. Car vivre ensemble ce n’est pas penser tous la même chose, c’est faire que des opinions contraires puissent coexister et avancer ensemble. Ces échanges me procurent la satisfaction de la transmission. En même temps, je me rends compte à quel point les jeunes ne lisent pas la presse et comment leur rapport à l’actualité est bouleversé. Avec le numérique, tout le monde produit de l’actualité et cela a complètement modifié la façon dont les jeunes s’éveillent au monde qui les entoure. Comment, dès lors, faire le tri ?

« Il y a des jeunes pour qui la guerre peut paraître romantique voire héroïque »

Paradoxalement, parce que les jeunes générations n’ont pas connu la guerre, il faut plus que jamais leur faire comprendre les horreurs de la guerre et apprécier la valeur paix. Il peut y avoir des jeunes va-t’en guerre, pour qui la guerre peut paraître romantique, voire héroïque. Il existe donc un nouveau besoin d’éducation à la paix aujourd’hui. Or, le dessin, parce qu’il touche l’émotion, provoque une réaction spontanée et favorise l’échange avec les jeunes. Le dessin de presse, parce qu’il est connecté à l’actualité, permet de faire coïncider le monde intérieur et les affaires du monde.