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« Infox » : quand l’astronomie aide les jeunes à décrypter la fabrique de l’information

Article – 12 mars 2026
Temps de lecture :
6 min.

Et si l’on apprenait à repérer les fausses informations en se glissant dans la peau d’un journaliste… et en parlant d’astronomie ? C’est le pari du dispositif « Infox », conçu par l’Association française d’astronomie (AFA) et les Francas. Un outil d’éducation aux médias qui séduit de plus en plus de professionnels de l’éducation et de l’animation.

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Photo de © Vitaly Gariev sur Unsplash

Une alliance ancienne entre sciences et éducation populaire

Bien avant de parler de désinformation, les Francas et l’Association française d’astronomie travaillaient déjà main dans la main. Les deux structures partagent depuis longtemps une même conviction : les sciences sont un formidable levier d’émancipation pour les enfants et les jeunes.

Au début des années 2010, cette convergence donne naissance à Petite Ourse, un programme d’animations destiné à développer la pratique de l’astronomie dans les centres de loisirs. Pour les Francas, il s’agissait de réintroduire davantage de sciences dans les structures éducatives. Pour l’AFA, l’enjeu était aussi de rajeunir et diversifier un public d’astronomie encore très marqué socialement.

Cette habitude de co-construction a posé les bases d’un nouveau projet, quelques années plus tard, sur un tout autre terrain : l’éducation aux médias et à l’information (EMI).

Face aux infox, la réaction d’un éditeur scientifique

Au tournant des années 2020, l’AFA – également éditrice du magazine grand public Ciel & Espace – est confrontée, comme beaucoup d’acteurs scientifiques, à la montée des fausses informations en ligne. Théories complotistes, détournements de données scientifiques, confusion entre opinion et fait : la défiance envers l’information et la science s’installe, notamment chez les adolescent·es.

 

Couverte d’un numéro de la revue « Ciel & Espace » de l’AFA. © AFA.

 

L’association décide alors d’agir sur son propre champ de compétence : expliquer comment se construit une information scientifique et médiatique. Un premier scénario pédagogique voit le jour. Rapidement, l’AFA se tourne vers les Francas pour renforcer l’ingénierie éducative du projet : adaptation aux publics jeunes, progressivité des apprentissages, posture d’animation, formation des intervenants.

De cette collaboration naît « Débusquer les infox en astronomie », plus simplement appelé Infox.

 

Détail du dispositif « Débusquer les infox en astronomie ». © AFA.

Une rédaction fictive pour comprendre les coulisses des médias

L’originalité d’Infox tient à son approche immersive. Pendant près de deux heures, les participants – collégiens, lycéens, jeunes en structure de loisirs, mais aussi adultes en formation – entrent dans une rédaction de journal reconstituée.

Sur les bureaux, deux journalistes fictifs ont laissé cartes de presse, CV, agendas, notes internes. Cette première séquence ouvre la discussion : Qui peut devenir journaliste ? Quels parcours mènent à ce métier ? Quelles responsabilités implique-t-il ?

Très vite, les groupes passent à l’action. À partir de cartes mêlant articles de presse, publications issues des réseaux sociaux et divers documents, ils doivent trier, classer, puis remettre en ordre chronologique des informations liées à un même sujet. L’objectif : reconstituer l’histoire médiatique d’un événement et comprendre comment une information évolue au fil de sa diffusion.

Dernière étape : la conférence de rédaction. Les participants doivent proposer plusieurs titres pour un même article – l’un neutre, l’autre accrocheur, un troisième destiné à attirer un public jeune. Ce travail rend visibles les logiques éditoriales et économiques des médias : capter l’attention, vendre, cibler un lectorat.

L’astronomie, un terrain « froid » pour parler de sujets brûlants

Si l’atelier parle de désinformation, il ne s’appuie pas sur l’actualité politique ou sociale. Les thématiques sont choisies dans le champ de l’astronomie et de l’histoire des sciences. Ce recul volontaire permet de travailler sur les mécanismes – rumeurs, emballement médiatique, mauvaise interprétation de données – sans provoquer de tensions liées à des sujets clivants.

Pour les professionnels, ce choix est précieux. Il facilite la prise de parole de tous les jeunes, y compris ceux qui se montrent défiants vis-à-vis des médias traditionnels. On discute des mécanismes plutôt que des positions idéologiques.

Un outil qui trouve sa place dans les CDI et les médiathèques

Pensé comme une animation de sensibilisation « one shot », Infox est aujourd’hui largement utilisé dans les centres de documentation et d’information (CDI), à l’initiative de professeurs documentalistes, mais aussi dans les médiathèques et bibliothèques dans le cadre d’actions d’éducation aux médias et enfin dans des espaces jeunes et lors de formations d’animateurs et d’enseignants.

L’analyse des réseaux sociaux durant l’atelier Infox. Photo de © AFA.

 

Le dispositif existe sous forme de boîte de jeu pédagogique comprenant cartes, dossiers thématiques et supports d’animation. Elle est distribuée par l’AFA aux professionnels ayant suivi la formation, garantissant une utilisation fidèle aux objectifs éducatifs.

Des jeunes plus lucides face à l’information

Sur le terrain, les retours convergent. Les participants retiennent surtout une idée simple mais structurante : une information est toujours le résultat de choix.

Choix d’un angle, d’un titre, d’un moment de publication, d’un public visé. En comprenant ces logiques, les jeunes développent des réflexes d’analyse : interroger la source, distinguer fait et commentaire, se méfier des titres trop sensationnalistes.

Même chez les publics peu convaincus par le rôle des médias, l’atelier ouvre des brèches. Les professionnels observent que les participants repartent avec « deux ou trois clés de lecture » qui modifient leur manière de consommer l’information, notamment sur les réseaux sociaux.

Quand la science éclaire l’éducation aux médias

Avec Infox, les Francas et l’AFA démontrent qu’un partenariat entre culture scientifique et éducation populaire peut produire des outils concrets pour répondre aux enjeux actuels de l’EMI. Après avoir mis des télescopes entre les mains des enfants, les deux structures les invitent désormais à observer… les coulisses de l’information.

Un changement de focale, mais une même ambition : aider les jeunes à mieux comprendre le monde pour mieux y prendre part.