25 ans de Rencontres pour démocratiser la philosophie
Et si la philosophie ne commençait pas en terminale, mais dès l’enfance, dans la classe, le centre de loisirs ou la cité ? C’est le pari porté par les Rencontres internationales des nouvelles pratiques philosophiques, aujourd’hui coordonnées par la Chaire UNESCO « Pratiques de la philosophie avec les enfants » et Nantes Université.

Une Chaire UNESCO pour faire vivre la philosophie avec les enfants
Une Chaire UNESCO est un partenariat entre l’UNESCO et une université afin de structurer un pôle d’excellence en recherche et en formation sur un enjeu éducatif ou sociétal majeur.
Créée en 2016 à Nantes, celle consacrée à la pratique de la philosophie avec les enfants est née d’un constat : aucune structure internationale ne coordonnait alors la recherche et la diffusion de ces pratiques auprès des 4–18 ans.
Dirigée par Edwige Chirouter, Professeure des Universités en philosophie et sciences de l’éducation à l’université de Nantes, la Chaire UNESCO développe un réseau international de chercheurs et de praticiens (25 universités partenaires), organise des colloques, propose des formations universitaires et professionnelles, et produit des ressources scientifiques et grand public. Son objectif est clair : diffuser des pratiques philosophiques exigeantes, accessibles à tous les enfants, dans tous les contextes éducatifs.
Un espace unique entre recherche et terrain
Les Rencontres internationales des nouvelles pratiques philosophiques sont nées il y a 25 ans. À l’origine, un petit groupe de chercheurs, d’enseignants et de militants pédagogiques souhaitait ouvrir la philosophie au-delà de la terminale au lycée, notamment à l’école primaire, dans l’éducation populaire et en lycée professionnel, où la discipline est absente.
Pilotées par la Chaire UNESCO, ces Rencontres internationales se tiennent autour de la Journée mondiale de la philosophie (3ᵉ jeudi de novembre) deux ans à la Maison de l’UNESCO à Paris et deux ans dans une université européenne.
Leur spécificité ? Ce ne sont pas de simples colloques universitaires. Chercheurs, enseignants, éducateurs, animateurs et associations s’y retrouvent pour participer à des ateliers et tables rondes grand public et découvrir des stands associatifs : on y vient autant pour partager des recherches que pour expérimenter, se former et tisser du lien. « Beaucoup de participants les vivent comme un temps fort de formation continue » explique Edwige Chirouter.
Démocratiser l’accès à la pensée critique
En France, la philosophie reste concentrée sur une seule année de lycée général. Les élèves de la voie professionnelle en sont largement privés. Or, apprendre à questionner, argumenter, nuancer, douter de manière constructive est au cœur de l’éducation à l’esprit critique. L’objectif est donc de muscler le plus tôt possible sa capacité à penser par soi-même avec les autres.
Les pratiques philosophiques avec les enfants répondent à plusieurs enjeux. D’une part, un enjeu politique, afin de développer l’esprit critique, la pensée complexe, le dialogue interculturel, qui sont des leviers pour la démocratie. Car démocratiser l’accès à la philosophie permet de lutter contre le relativisme et le dogmatisme. D’autre part, un enjeu éthique : reconnaître que les enfants se posent de grandes questions -sur la justice, la liberté, le bonheur, la vérité- et les accompagner dans leurs questionnements, tout en leur offrant un cadre rigoureux pour les explorer.
Grâce à des ruses pédagogiques au travers d’œuvres, de fictions, d’expériences de pensée, ces ateliers permettent d’aborder des sujets sensibles comme les réseaux sociaux, les fake news ou l’intelligence artificielle avec distance, sans entrer dans l’actualité à chaud ou l’affect immédiat, « car sinon les enfants peuvent être en rejet de ce discours, surtout quand c’est en contradiction avec ce qu’ils entendent à la maison, où ils sont en conflit de loyauté » précise-t-elle.
L’éducation populaire, l’apport du terrain
C’est dans ce mouvement que les Francas ont trouvé toute leur place. Engagés dans des pratiques philosophiques à travers leur programme Graines de philo, ils ont soutenu la dynamique de la Chaire UNESCO et investi progressivement les Rencontres internationales.
Pour Patricia Langoutte, animatrice du Comité scientifique Graines de philo, leur apport tient à leur ancrage dans la vie quotidienne des enfants, notamment dans les temps de loisirs. « Là où l’université produit des cadres théoriques et des analyses, les Francas apportent la richesse de terrains variés et une approche ludique, accessible, inscrite dans l’expérience réelle des enfants » détaille-t-elle.
Cette complémentarité intéresse fortement les chercheurs : elle permet d’observer comment les pratiques philosophiques vivent hors du cadre strictement scolaire. Les Rencontres internationales offrent ainsi aux acteurs de l’éducation populaire une visibilité accrue, favorisent les partenariats européens et soutiennent la production de ressources, de formations et de projets dans les territoires.