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« Montpellier, ville à hauteur d’enfants » : ensemble, ils bâtissent l’école du quartier

Article – 12 décembre 2025
Temps de lecture :
6 min.

Inspirée par les travaux du chercheur italien Francesco Tonucci, la ville de Montpellier s’est engagée à « redonner une place » aux plus jeunes dans l’espace public. Exemple dans le quartier de La Mosson, en pleine rénovation urbaine, où enfants, architectes et équipe éducative ont travaillé main dans la main à la conception du nouveau groupe scolaire Hypatie, ouvert en septembre 2025.

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Lors d’un atelier de fabrication de briques de terre crue, matériau qui compose les enduits de l’école. Image © Studio Jaouen

« La ville moderne connaît une situation de crise. Elle n’a répondu aux besoins que d’un seul type de citoyens : homme, adulte, travailleur et motorisé. » Pour Francesco Tonucci, pédagogue et fondateur du réseau international des Villes des enfants, il y a « urgence » à mettre les plus jeunes « au centre des décisions politiques », en écoutant leurs avis et en leur permettant d’évoluer de façon autonome dans l’espace public. En une trentaine d’années, le chercheur italien a rallié à sa cause plus de 300 villes à travers le monde et, en 2022, Montpellier est devenue la première ville française à rejoindre le mouvement. En signant la charte « Ville à hauteur d’enfants », les élus de la capitale languedocienne promettent ainsi de « transformer la ville avec et pour les enfants ». Une démarche transversale qui mobilise les différentes politiques publiques à l’œuvre à Montpellier et s’appuie sur un réseau de structures partenaires.

Renouvellement urbain

L’année suivante, quand le conseil municipal vote le Plan école 2030, c’est l’occasion de passer de la parole aux actes avec un projet concret. Dans le quartier populaire de La Mosson, érigé dans les années 1960 en périphérie de la ville, « les bâtiments scolaires vieillissants n’étaient plus adaptés », explique Lise Petauton, référente Patrimoine scolaire à la ville de Montpellier, convaincue de la nécessité de « construire en fonction des besoins des usagers ». Avec le soutien de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), le chantier du nouveau groupe scolaire Hypatie est lancé début 2024, en faisant le pari d’associer les enfants à la conception du bâtiment.

« Un des enjeux était d’accompagner la transition pour ceux qui allaient quitter leurs anciennes écoles », souligne Inès Thérain, cheffe de projet à la mission Mosson-Cévennes, qui rappelle que le quartier a été choisi comme « territoire expérimental de la démarche “à hauteur d’enfants” ». La tâche sera confiée aux Francas de l’Hérault, avec pour objectif de « permettre aux enfants et aux équipes éducatives de devenir parties prenantes des choix d’aménagement ». Pour ce faire, l’association est intervenue auprès des enfants lors d’une vingtaine de séances animées, en temps scolaire, avec les enseignants volontaires des anciennes écoles.

 

Les futurs élèves se penchent sur la technique de la vitrophanie, pour habiller les vitres de l’école. Images © Francas 34 & Mary Gaudin

Confrontation d’idées

« Nous avons travaillé la signalétique des futurs bâtiments autour d’une série de pictogrammes proposés par les architectes », raconte Marion Fastre, l’animatrice de l’association d’éducation populaire. « On a confronté leurs idées à celles des enfants et on s’est rendu compte qu’ils avaient une vision assez différente mais l’équipe d’architectes a vraiment pris en compte leurs avis. » Pour les toilettes, par exemple, les « les enfants ne comprenaient pas pourquoi on les représentait par un homme et une femme », se souvient Diliana Gault, architecte au Studio Jaouen, associé à Thomas Landemaine Architecture. « Après avoir recueilli leurs avis, on a finalement choisi de dessiner simplement un WC. »

Les futurs élèves ont aussi été sollicités pour réfléchir aux noms de leurs salles de classes ou encore créer les dessins qui décorent le vitrage. « Les créations des enfants ont été vectorisées et nous avons extrait des détails pour créer 400 compositions graphiques qu’une entreprise est venue coller sur les vitres », précise l’architecte. Lors d’un autre atelier, les écoliers ont pu s’essayer à la fabrication de briques de terre crue, matériau qui compose les enduits de l’édifice. « Ce qui est super, c’est qu’on a travaillé main dans la main avec les enfants », poursuit Diliana, estimant que ce projet constitue « une belle opportunité d’échanger avec les futurs usagers ».

 

La nouvelle école Hypatie répond à un cahier des charges exigeant en termes de qualité du bâti mais aussi de concertation avec les usagers. Images © BEC construction & Studio Jaouen

Bâtiment exemplaire

Pour Perrine Urbanski, la directrice du groupe scolaire, associer les enfants aux décisions qui les concernent est « indispensable ». L’enseignante se dit « épatée » par cette école « resplendissante » et « faite pour les enfants ». Car au-delà de la concertation, cet équipement public a été entièrement conçu pour répondre aux enjeux d’environnement et de santé qui touchent directement les plus jeunes ou impactent leur avenir : cour végétalisée, jardin pédagogique, prédominance du bois, isolation en paille, enduits en terre crue, chauffage et climatisation géothermiques… 

« Une chance incroyable » pour la directrice qui se réjouit de « l’enthousiasme autour d’un projet construit avec une équipe, des associations, des architectes novateurs et la volonté de la mairie de bâtir une école qui rayonne, dans un quartier qui en a sans doute un peu plus besoin que les autres ». À La Mosson, 54 % des enfants sont « en situation de fragilité » contre 28% en moyenne dans l’ensemble de la ville, selon les chiffres de la municipalité.