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Réseau des coordonnateurs PEdT du Var : « On croise nos pratiques, nos expériences et ça nous tire vers le haut »

Article – 17 novembre 2025
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Quatre fois par an, les coordonnateurs et coordonnatrices chargés de l’animation des Projets éducatifs territoriaux (PEdT) se retrouvent pour des journées de rencontres et de formation, avec leurs homologues des autres communes du département. Ce dispositif d’accompagnement, voulu par les pouvoirs publics et animé par une association, est une déclinaison locale des orientations récentes prises par l’État pour renforcer la continuité éducative.

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Atelier de réflexion lors d’une journée de rencontre des coordonnateurs et coordonnatrices PEdT à Gonfaron (83), en 2024. Image © Les Francas du Var

Créé parallèlement à la réforme des rythmes scolaires en 2013, le Projet éducatif territorial (PEdT) est un outil de collaboration locale qui a vocation à mobiliser toutes les ressources éducatives d’un territoire, pour œuvrer à la cohérence des temps et des activités proposées aux enfants. Si l’idée n’est pas nouvelle (il existait déjà des Projets éducatifs locaux depuis les années 1990), la loi de refondation de 2013 et les orientations pour la continuité éducative de mars 2025 tendent à généraliser ces dispositifs. Ainsi, pour animer la démarche, chaque territoire doté d’un PEdT nomme un coordonnateur ou une coordonnatrice. Dans le Var, depuis 2021, les services de l’État et la Caisse d’allocations familiales (Caf), regroupés au sein du Groupe d’appui départemental (GAD), ont souhaité mettre en réseau ces professionnels, pour faciliter les échanges de pratiques et la formation continue.

« Au moment de renouveler la plupart des PEdT, on s’est rendu compte que beaucoup de collectivités avaient la volonté d’agir, mais aussi pas mal de freins », explique Julien Orlandini, directeur de la Caf du Var, qui pointe « le manque de temps, d’ingénierie, les difficultés de renouvellement des personnels » ou encore « les caractéristiques des territoires ». Dans ce département méditerranéen, aux réalités locales contrastées (littoral balnéaire urbanisé, territoires ruraux plus ou moins enclavés, bassins industriels en reconversion…), le directeur constate que « bien souvent, les PEdT reposaient sur un socle minimum, avec quelques élus et techniciens ». Le GAD souhaitait donc « apporter une vision plus large » et, pour ce faire, « mettre en place un dispositif d’accompagnement pour les coordonnateurs », confié aux Francas du Var.

« Ça nous donne des outils pour travailler »

Chaque trimestre, ce sont ainsi 30 à 40 « coordos » qui se retrouvent, à l’invitation de l’association d’éducation populaire, pour une journée de travail en commun, dans différents lieux du département. « En début d’année, on est sollicités sur les sujets qu’on voudrait discuter, puis un planning est établi avec les thématiques des rencontres », décrit Alisson Scionti, coordonnatrice à La Valette-du-Var, ville de 24 000 habitants, dans l’aire métropolitaine de Toulon. Évaluation, communication, pratiques éducatives, relations avec les élus, les enseignants, participation des enfants : chaque nouvelle session est l’occasion d’aborder un aspect du métier. « Ça nous donne des outils pour travailler », souligne la fonctionnaire territoriale, « en poste depuis seulement un an », qui voit aussi dans ces moments une chance de « rencontrer d’autres “coordos” qui ont des expériences intéressantes à partager ».

« Être coordonnateur d’un PEdT, c’est avoir un rôle de chef d’orchestre », témoigne Patrick Aubert qui assure cette fonction pour la commune de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, petite ville de 17 000 habitants au cœur du département. « Ce n’est pas le “coordo” qui écrit les partitions, c’est le maire. Ce n’est pas non plus lui qui joue des instruments, ce sont les acteurs éducatifs. Son rôle, c’est de mettre en harmonie, de faire le lien. » Un travail peu visible, et pourtant essentiel au processus, qui fait appel à des compétences transversales : animation de réseau, connaissance du territoire, maîtrise des dispositifs éducatifs existants… Et beaucoup de bonne volonté pour « écouter, s’adapter aux contraintes et aux particularités des uns et des autres, de l’Éducation nationale aux parents d’élèves, en passant par le club sportif ou l’association d’arts plastiques ».

« Rompre l’isolement qui peut exister dans certaines communes »

« On débute toujours ces réunions avec une question simple : “Comment allez-vous ?” », détaille Geneviève Yvon, qui anime régulièrement ces temps pour les Francas. « Il y en a certains pour qui tout va bien, mais d’autres peuvent réellement être en difficulté. On commence par prendre soin d’eux, et ça crée une chaleur humaine qui aide à rompre l’isolement qui peut exister dans certaines communes où il y a peu de personnel. On fait en sorte qu’ils se parlent, qu’ils partagent des idées et on noue des collaborations. Ça commence d’ailleurs par des choses très concrètes comme le covoiturage pour se rendre à ces rencontres ! »

Lors de la 18ème édition des Rencontres des coordonnateurs PEdT du Var, le 9 octobre 2025 à Brignoles (83), sur le thème de « la continuité éducative ». Image © Les Francas du Var

Pour Delphine Blanc, une participante venue de Montfort-sur-Argens, village de 1500 habitants dans l’arrière-pays varois, ce « climat de bienveillance » et « l’accompagnement méthodologique et technique » constituent « un soutien essentiel à notre métier ». « On croise nos pratiques, nos expériences et ça nous tire vers le haut », poursuit la chargée de coopération voyant, dans cette démarche, une opportunité de prendre du recul sur « un quotidien prenant ». « Il y a toujours un temps d’apport ou un témoignage d’une institution, d’un partenaire et des ateliers pour réfléchir, avec nos homologues, à des solutions adaptées à nos réalités locales (…) pour garantir à chaque enfant le droit à des parcours épanouissants ».

Des « coordos » aux responsabilités accrues

« Si à l’origine, le PEdT était surtout centré sur les activités périscolaires, il veille aujourd’hui à intégrer tous les dispositifs éducatifs à la croisée des champs scolaires, périscolaires, extrascolaires et familiaux, concernant les enfants et les jeunes de 3 à 25 ans », rappelle Geneviève Yvon. « Récemment, il a même été positionné par le ministère de l’Éducation nationale comme “l’instance de gouvernance de proximité de la continuité éducative”, renforçant encore davantage la responsabilité des “coordos”. »

« En réalité, les enfants passent plus de temps dans le péri et l’extrascolaire qu’en temps scolaire », poursuit Julien Orlandini. « Il faut faire en sorte que l’organisation de ces temps réponde aux besoins éducatifs des enfants, et pas seulement aux contraintes des familles, des communes ou de l’école. » Mais, pour travailler avec les collectivités sur les politiques éducatives, « il faut de la crédibilité », ajoute le directeur de la Caf, qui revendique un rôle de facilitateur : « En 2025, nous opérons un grand changement puisque nous assumons que le PEdT devienne la composante éducative de la CTG (la Convention territoriale globale qui lie les territoires avec la Caf pour l’organisation et le financement des services aux familles, NDLR). Cela permet de mieux coordonner les efforts, en simplifiant la vie des collectivités. » Un rapprochement qui se concrétisera bientôt par « une rencontre inédite, où les chargés de coopération des CTG et les coordonnateurs PEdT vont réfléchir ensemble à la meilleure manière d’articuler leurs missions respectives », se réjouit Geneviève Yvon, qui estime que cette évolution « va dans le sens » de ce que revendique son Mouvement.  

Avec cette approche, les services de l’État, la Caf et leurs partenaires associatifs souhaitent renforcer les dynamiques éducatives autour des PEdT, par la montée en compétence et la mise en réseau des acteurs locaux. Une façon aussi de convaincre les communes qui doutent ou hésitent encore à se lancer : fin 2020 dans le Var, 41 collectivités étaient engagées dans un PEdT. Elles sont 79 aujourd’hui.