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En immersion dans un séjour européen de jeunes pour la paix : « On ne peut pas détester quelque chose que l’on connaît »

Article – 29 septembre 2025
Temps de lecture :
7 min.

Du 31 août au 9 septembre 2025, une quinzaine de jeunes venus de plusieurs pays d’Europe se sont retrouvés à Avignon (Vaucluse) pour un séjour interculturel sur fond d’éducation à la paix. C’est la suite d’une série de rencontres et d’échanges organisés sous la bannière du projet « Against forgetting » (« Contre l’oubli ») avec, à la clé, la production d’un podcast sur l’histoire des guerres européennes.

Pop’éduc
Accueillis à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) au début de l’été 2025, les jeunes se retrouvaient cette fois-ci en France pour la suite de leur projet. Images © Baptistin Vuillemot

Un travail de mémoire et d’éducation à la paix

Ils sont Slovènes, Bosniens, Allemands et Français et sont âgés de 17 à 25 ans. En 2025, ils ont tous choisi de passer une partie de leurs vacances avec d’autres jeunes pour une plongée documentaire dans l’histoire bouleversée de l’Europe du vingtième siècle. Le projet, intitulé « Against forgetting » (« Contre l’oubli »), est le fruit d’un partenariat entre des structures éducatives et culturelles de plusieurs pays, soutenu par l’Union européenne. Après un séjour en Bosnie-Herzégovine au début de l’été, où les jeunes se sont penchés sur l’histoire du massacre de Srebrenica, ils se sont retrouvés en France, à Avignon, pour poursuivre leurs investigations : visite du Camp des Milles à Aix en Provence, du Musée d’histoire de la Résistance à Fontaine-de-Vaucluse ou encore du Mémorial des déportations de Marseille… Les séjours doivent permettre aux jeunes de « porter un regard critique sur l’impact des crimes de guerre sur les sociétés européennes » et « mieux comprendre les mécanismes (…) de la discrimination aujourd’hui », peut-on lire sur le site du Volksbund (Allemagne), un des principaux organisateurs.

 

 

« Aller à la rencontre de l’autre et casser les préjugés »

Dans l’ambiance tamisée du Mémorial des déportations, Julien Ferrant, l’animateur français, amorce des discussions informelles sur le racisme et l’antisémitisme. Son groupe est composé de jeunes du centre social Croix des Oiseaux, dans un quartier populaire d’Avignon et, selon lui, le projet représente une vraie opportunité de «  sortir de chez eux, aller à la rencontre de l’autre et casser les préjugés  ». « Lors du séjour à Sarajevo, il y a eu une vraie prise de conscience sur le drame de la guerre car c’est un conflit récent. Ils ont pu rencontrer des gens qui l’ont vécu et ont perdu un membre de leur famille. C’est très explicite », raconte Julien. « A Sarajevo, on a visité le Musée des Juifs de Bosnie-Herzégovine dans une ancienne synagogue », poursuit Sanjin Hamidicevic, son homologue de l’association L’éducation construit la Bosnie-Herzégovine – Jovan Divjak. « Pour certains, c’était la première fois qu’ils entraient dans une synagogue. Ça a été l’occasion de parler de ce qu’il se passe à Gaza, de ce qui relève de la politique ou de la religion. »

 

Rencontres et amitiés au-delà des frontières

A la sortie du Mémorial, Liza, jeune Slovène de 20 ans, ne cache pas ses émotions : « A travers ce projet, on veut montrer qu’on n’oubliera jamais ce qu’ont subi les anciens et que nous, les jeunes, on peut faire des choses ensemble malgré nos différences. » Pour Alma, 19 ans, venue de Bonn en Allemagne, le plus important est de « rencontrer des gens de différents pays pour comprendre les différentes perspectives ». Un avis partagé par Emin, de Bosnie-Herzégovine : « Je viens avant tout pour me faire un réseau d’amis et découvrir différents pays. Culturellement, on est très différents. On a plusieurs nationalités, religions, idéologies… », remarque-t-il en s’amusant des traits caractéristiques de chacun : « Les Français ne sont pas très bons en anglais mais ils donnent tout pour y arriver. Les Allemands sont toujours à l’heure, toujours prêts à participer sérieusement, alors que nous, on aime tourner les choses en dérision. Alors, on dépasse ces stéréotypes en apprenant à se connaître, car on ne peut pas détester quelque chose que l’on connaît. »

 

 

« Être à la hauteur de l’hospitalité des Bosniens »

Le soir, les jeunes se retrouvent à l’auberge de jeunesse ou dans les rues et cafés du centre d’Avignon. « On voit des amitiés qui se créent malgré leur éclatement et la barrière de la langue », constate Sanjin, l’accompagnateur bosnien. « On leur propose des jeux et animations linguistiques mais ils apprennent mieux dans les temps informels en discutant entre eux. » Vacances obligent, le programme du séjour est ponctué d’activités de loisirs et de temps libre. Pour se déplacer, le groupe a la chance de pouvoir compter sur un autocar avec chauffeurs, prêté par le ministère fédéral allemand de la Défense : sortie kayak au pont du Gard, session détente sur les plages de Marseille, ou encore visite du centre historique de la cité des Papes où les jeunes Français, à domicile, ont proposé de jouer les guides touristiques « pour être à la hauteur de l’hospitalité des Bosniens qui nous ont accueilli à Sarajevo ».

 

Les jeunes reçus par la maire d’Avignon

Vendredi 5 septembre, le groupe est reçu à l’hôtel de ville d’Avignon pour une rencontre avec Cécile Helle, la première magistrate de la commune. Prenant place sur les bancs du conseil municipal, au milieu des moulures et ornements dorés propres aux palais de la République, les jeunes avaient pris soin de s’habiller en conséquence. La maire a d’abord présenté son rôle dans le système démocratique français et les symboles qui lui sont associés : l’écharpe tricolore, la Marianne, la devise « Liberté, égalité, fraternité ». Curieux, le groupe a multiplié les questions : « Comment sont choisis les citoyens qui peuvent assister au conseil municipal ? », demande Abdelrahim. « Qu’est-ce que la commune fait pour les jeunes ? », questionne sa camarade allemande. Durant près de deux heures, la maire joue le jeu de l’échange à bâtons rompus. Interrogée sur l’opportunité d’un jumelage entre Avignon et Sarajevo, Cécile Helle ne ferme pas la porte : « Les jumelages sont issus d’une volonté des peuples de se rapprocher entre eux pour préserver la paix après la seconde guerre mondiale. A l’origine, ils servaient de cadre pour des échanges entre jeunes mais, aujourd’hui, ce sont trop souvent des relations entre délégations officielles au lieu de projets concrets. C’est donc à vous aussi, en tant que citoyens, qu’il appartient de les impulser. » Et l’édile de conclure : « Au-delà des cérémonies, il est important de sensibiliser l’ensemble des habitants, et notamment les plus jeunes, sur les événements qui ont marqué l’histoire pour ne pas reproduire les erreurs du passé. »

 

 

Le projet « Against forgetting » (« Contre l’oubli ») est mené en partenariat avec :

  • Volksbund (Allemagne)
  • Education builds Bosnia and Herzegovina Jovan Divjak (Bosnie-Herzégovine)
  • Zachor – Organisation for social remembrance (Hongrie)
  • National Museum of Liberation (Slovénie)
  • Mladinski Svet Slovenije (Conseil national de la jeunesse de Slovénie)
  • College of Eastern Europe Warszaw (Pologne)
  • Les Francas (France)

Le projet est soutenu par le programme de l’UE « CERV » (Citoyenneté, Égalité, Droits et Valeurs), ainsi que par les ministères allemands des Affaires étrangères et de la Jeunesse, ainsi l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ)